Site de soutien à Ségolène Royal de la Fédération PS des Français de l'étranger
Au lendemain de son débat télévisé musclé avec Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal a reçu « le Parisien » et « Aujourd'hui en France ». Elle explique ce qu'elle fera si elle est élue dimanche soir.
AU LENDEMAIN de son face-à-face télévisé avec Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal apparaît hier matin, dans son quartier général du boulevard Saint-Germain à Paris (VIIe arrondissement), tranquille et déterminée. Tranquille comme une candidate qui, non contente d'avoir le 22 avril accédé au second tour, a fait mercredi soir devant tous la démonstration de sa pugnacité, elle que beaucoup jugeaient incompétente et d'abord fragile. Déterminée comme une femme qui se sent, au final, poussée par une « vraie ferveur populaire » et croit toujours, n'en déplaise aux sondages, qu'elle peut gagner sur le fil dimanche. Alors que François Bayrou a confirmé hier qu'il ne voterait pas Sarkozy, elle rêve de disposer à l'Assemblée, au-delà des clivages habituels, de « la majorité la plus large possible ». « Avec moi, martèle-t-elle, visant implicitement son rival, il n'y a aucun risque. Vous avez tout à gagner... » Réponse dimanche à 20 heures.
Quel est, chez vous, le sentiment dominant après le débat télévisé de jeudi soir ?
Ségolène Royal.
J'ai défendu mes idées.
Vous n'avez aucun regret ?
On a toujours des regrets après un débat, parce qu'on n'a pas dit tout ce qu'on aurait voulu dire. Mais, globalement, ce débat a été éclairant sur le choix qui s'offre dimanche aux Français entre deux projets de société, deux visions de la France.
Comment vous est apparu Nicolas Sarkozy ? Un échange a beaucoup frappé. Nicolas Sarkozy vous a reproché de perdre vos nerfs et vous lui avez répondu qu'il y a des indignations, même pour un chef d'Etat, sincères et saines... C'était un temps fort, oui. Je porte des convictions. Je ne suis pas dans le calcul. Le sort réservé aux élèves handicapés à l'école ne peut laisser personne indifférent. J'avais imposé l'accueil des enfants trisomiques à l'école maternelle et, aujourd'hui, le gouvernement est revenu en arrière et on ne veut plus d'eux : est-ce que cette situation scandaleuse, cette souffrance des familles ne méritent pas du coeur et de l'indignation ? Mercredi soir, l'échange sur le nucléaire a été plutôt confus... J'apporte une précision : le pourcentage de 17 % que j'ai évoqué représente la part du nucléaire dans la totalité de l'énergie consommée, et non la part de l'électricité produite par le nucléaire. Quant aux 50 % que Nicolas Sarkozy a cités, cela ne correspond à rien. Sur le fond, il ne sait ni que l'EPR, c'est la troisième génération du nucléaire, ni que les gisements d'uranium risquent d'être épuisés d'ici quelques dizaines d'années. Même sur le nucléaire iranien, il n'a pas maîtrisé le sujet, car, aujourd'hui, ce n'est pas le nucléaire militaire qui est en cause : la prolifération s'organise à partir du nucléaire civil. Sur les 35 heures, vous avez dit qu'il n'y aurait pas généralisation automatique... Une des révélations du débat a été l'acceptation par Nicolas Sarkozy de ce que les 35 heures constituent désormais en France la durée légale du travail, sur laquelle il ne reviendrait pas. Soit les 35 heures sont nocives à l'économie, comme le disent le Medef et le candidat sortant, et il faut qu'il ait le courage politique de les supprimer. Soit c'est un acquis social et une mesure qui a créé de l'emploi, comme je le crois, et il faut les défendre, même s'il faut tirer des leçons pour mieux faire. Vous, vous avez admis que la deuxième loi sur les 35 heures avait été, pour le moins, brutale... J'ai dit que la deuxième loi avait été précipitée et qu'il n'y aurait pas demain de généralisation des 35 heures aux PME sans accord des partenaires sociaux, branche par branche. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que le débat sera ouvert et que, s'il n'y pas d'accord, on n'imposera pas d'en haut, par la loi, une extension des 35 heures. Y a-t-il encore aujourd'hui un vrai clivage droite-gauche sur les 35 heures ? Non, puisque Nicolas Sarkozy s'est aligné sur ma position ! Vous avez aussi indiqué qu'il n'y aurait pas de régularisation systématique des sans-papiers... Je le confirme. Les régularisations auront lieu sur des critères. Mais dans des conditions honnêtes : nous ne dirons pas, nous, avant l'examen des dossiers, combien il y aura, à l'arrivée, de personnes régularisées en créant autant de drames humains. Avec moi, les règles seront claires. « J'ai trouvé Nicolas Sarkozy désinvolte » Vous avez évoqué le cas de cette policière violée en Seine-Saint-Denis alors qu'elle regagnait son domicile après son service. Vous auriez souhaité qu'elle soit raccompagnée... J'ai trouvé Nicolas Sarkozy désinvolte. D'autant que ce viol atroce avait été précédé, en mars, au même endroit, d'un autre viol. Et aucune disposition concrète de protection n'avait été prise entre-temps. Dans les quartiers ultrasensibles, je considère qu'il faut raccompagner la nuit les femmes policières - et peut-être même tous les policiers -, comme cela se fait déjà au Québec. On peut imaginer qu'une patrouille puisse faire un détour pour les redéposer chez elles. Certains vous reprochent, à propos des enfants handicapés, d'avoir surjoué la colère... La capacité d'indignation d'un responsable politique sur une telle question est une qualité et non pas un défaut. Je ne veux pas qu'on exploite la misère des gens pour faire de la commisération. Or, Nicolas Sarkozy donne de plus en plus dans ce registre. Il imite George W. Bush dans cette technique du compassionnel conservateur. On pleure sur les gens. On utilise les faits divers et, lorsqu'on est aux responsabilités, on n'agit pas pour le présent et on promet pour demain. Voyez les campagnes électorales de Bush, mais, quand il y a eu la catastrophe de La Nouvelle-Orléans, on ne l'a pas vu sur le terrain ! Il y aurait un parallèle entre Bush et Sarkozy ? Il porte la même idéologie néoconservatrice. Il n'hésite pas à envisager de démanteler les services publics, alors qu'on a tant besoin d'infirmières, d'enseignants. Moi, je suis pour redéployer, pour bouger, mais pas pour supprimer. Qu'auriez-vous envie de dire à ceux qui hésitent encore ? Depuis des mois, il y a eu une campagne orchestrée par la droite mettant en doute ma compétence, voire m'accusant de fragilité. Je pense que le débat a permis de rétablir la vérité aux yeux de tous les Français. Tous ceux qui me connaissent le savent : je suis une femme solide, au clair sur mes convictions, capable de défendre les intérêts de la France. Aux indécis, je dis donc : « Ayez confiance. La France sera bien présidée et ses intérêts défendus. » « Le seul sondage qui vaille, c'est le vote des Français » Vous insistez sur le fait que vous souhaitez être la présidente d'une France apaisée. Vous suggérez qu'avec Nicolas Sarkozy, le pays connaîtrait des turbulences, voire des troubles ? Je souhaite rassembler une majorité de Françaises et de Français sur mon pacte présidentiel et sur les valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité. Je ne fais pas, comme Nicolas Sarkozy, de procès d'intention. Je pense, en effet, que ses propositions - qui consistent à privilégier toujours une catégorie au détriment des autres, à chercher en permanence un bouc émissaire, à ne pas être respectueux des Françaises et des Français, bref à jeter de l'huile sur le feu comme on l'a vu avec l'emploi de mots violents comme Kärcher - divisent et ne peuvent pas ramener la sérénité et la confiance dont nous avons besoin. La fermeté, ce n'est pas des mots, mais des actes ! Votre première décision dimanche si vous êtes élue ? Ma première décision sera de constituer la meilleure équipe gouvernementale pour la France. Et, après, d'agir vite. Le Premier ministre sera-t-il, comme l'assure François Hollande, socialiste ? C'est l'hypothèse la plus probable, mais je ne m'interdis rien. Quel sera votre premier chantier ? Celui des emplois tremplins pour les jeunes. Je réunirai tout de suite les présidents de région et je leur dirai de mettre en place tout de suite, en concertation avec l'Etat et les chefs d'entreprise, le premier volet du plan prévu pour cinq ans et qui doit conduire à la création de 500 000 emplois. Sans oublier les contrats première chance pour les jeunes sans qualification. Et puis nous réunirons très vite la conférence nationale sur les salaires pour décider rapidement de la revalorisation du smic, des petites retraites et aussi des bas salaires afin que la hiérarchie des salaires ne soit pas écrasée. Il faut redonner confiance aux acteurs économiques de notre pays et faire repartir la croissance. Je m'y engage. Et puis je préparerai la rentrée scolaire pour que, dès septembre, la priorité éducative soit une réalité. « Avec moi, vous avez tout à gagner » Tous les sondages disent que Nicolas Sarkozy va gagner... Ah, les sondages ! Pour moi, le seul qui vaille, c'est le vote des Français. A ceux qui n'ont pas encore choisi, je dis : « Avec moi, il n'y a aucun risque, vous avez tout à gagner. » La France, si je suis élue, sera une France rayonnante et confiante dans son avenir. Je m'appuierai sur la majorité la plus large possible, car il faut sortir de l'affrontement bloc contre bloc. Je travaillerai avec tous ceux qui m'ont soutenue ou dont les idées convergent largement avec mon projet. Je tiendrai compte du vote des Français. Et notamment de celui qui s'est exprimé au premier tour. On ne peut pas faire comme si François Bayrou n'avait pas réuni sur son nom plusieurs millions d'électeurs. Une démocratie moderne, c'est aussi cette capacité à sortir de l'affrontement systématique. Si vous êtes élue, avec quel partenaire européen souhaitez-vous établir en premier le contact ? Tout de suite, avec la chancelière allemande Angela Merkel. A cause de l'Europe qu'il faut relancer. Interview réalisée par Philippe Martinat, Dominique de Montvalon et Nathalie Segaunes Photos : Philippe de Poulpiquet
Sur la défensive. Et, parfois, j'ai eu l'impression qu'il était en difficulté. Je pense notamment à nos échanges sur la sécurité, l'environnement, le nucléaire, la scolarisation des enfants handicapés. Ce dernier sujet est, pour moi, révélateur d'un certain comportement politique dont les Français ne veulent plus.
Nicolas Sarkozy dit qu'il vous a trouvée agressive...
C'est son habitude de se sentir agressé dès qu'on n'est pas d'accord avec lui. Or, c'est simplement le débat politique qui doit être mené avec conviction et passion. Car je crois profondément à la politique.
Vous, vous n'estimez pas avoir été agressive ?
Non, j'ai rempli mon rôle. Avec la volonté qu'on comprenne qu'avec moi, les intérêts des Français seront bien défendus et que je ne me laisserai pas faire.
Votre stratégie était, à vos yeux, la bonne ?
Je voulais que ce débat montre clairement quel est l'enjeu de dimanche et notamment en quoi Nicolas Sarkozy est responsable du bilan du gouvernement actuel. Je voulais aussi montrer la démagogie de certaines de ses propositions. Ainsi, après avoir visité un foyer de femmes battues sans papiers, il leur a promis la régularisation. Comme je n'imagine pas que le propos ne valait que pour ce foyer-là - ou alors l'impartialité de l'Etat serait remise en cause - ,vous imaginez jusqu'où sa promesse peut conduire ! D'autant qu'il a promis aussi un autre jour la nationalité française à toutes les femmes martyrisées du monde. Ce qui doit représenter au moins 200 millions de personnes ! Soit Nicolas Sarkozy promet n'importe quoi, soit il n'est pas responsable. Combien de promesses, en réalité, pourrait-il tenir ? Sûrement pas ses promesses d'allègements fiscaux, qui dépassent de loin ce que Margaret Thatcher a fait en dix ans de pouvoir et qui conduirait à la ruine des services publics. Et puis son programme est rempli d'injustices. Je ne citerai que le bouclier fiscal, qui consiste à rembourser une partie de l'impôt des plus riches contribuables, comme cette riche héritière qui vient de récupérer plus de 7 millions d'euros.
« On n'imposera pas d'en haut, par la loi, une extension des 35 heures »
Le Parisien , vendredi 04 mai 2007
LEMONDE.FR avec AFP | 04.05.07 | 12h02 • Mis à jour le 04.05.07 | 12h10
La candidate socialiste s'est indignée après que Nicolas Sarkozy lui a reproché, un peu plus tôt, des "attaques outrancières", les attribuant aux sondages qui le donnent gagnant. "Il reste deux jours. Il y a beaucoup de choses qui peuvent se passer. Il y a des indécis, a plaidé Mme Royal. Il y a là une marge de manœuvre pour faire gagner la France et je veux que la France gagne avec les valeurs que je défends et avec l'esprit de tolérance que j'ai montré."
Mme Royal a réaffirmé qu'elle avait "tendu la main aux électeurs centristes avec lesquels demain [elle] travaillera".
"Les sondages indiquent la réalité d'aujourd'hui, ils n'indiquent pas le vote de demain", a renchéri Jean-Louis Bianco, un directeur de campagne de Mme Royal. "Je me place dans l'optique de la victoire, qui est encore possible", a-t-il ajouté à l'avant-veille du scrutin.
Nicolas Sarkozy incarne "une France divisée", a aussi estimé M. Bianco, à qui cette fin de campagne rappelle celle de 1981. "Les gens se rendent compte que ce vote est décisif pour l'avenir de la France."
"NOUS ALLONS BATTRE NICOLAS SARKOZY"Jeudi soir, Marie-George Buffet, la numéro un du Parti communiste, a tenu à se montrer combative, lors d'un meeting de soutien à Ségolène Royal, organisé au gymnase Japy, à Paris. "Nous vivons une période difficile mais ne perdons pas espoir", "soyons debout et déterminés, combatifs, allons-y, nous allons battre Sarkozy", a-t-elle conclu. "Nous n'allons pas voter dimanche en remisant nos revendications", a aussi affirmé l'ex-candidate communiste, acclamée par 600 personnes debout, pour sa première réunion publique depuis son score très bas au premier tour.
Peu avant, Lionel Jospin s'était lui-même employé à remonter le moral des troupes de gauche, lançant un appel aux centristes : "La seule suggestion que je puisse faire à François Bayrou et à ceux qui ont voté pour lui, est celle-ci : compte tenu des dénonciations que vous avez formulées sur les méthodes de Nicolas Sarkozy, sur sa conception du pouvoir, je ne lui faciliterais pas l'accès à ce pouvoir", a lancé l'ancien premier ministre socialiste, devant près d'un millier de personnes réunies à Pessac, en Gironde.
M. Jospin, se défendant de diaboliser Nicolas Sarkozy, a énuméré des conséquences néfaste de son éventuelle élection : un "premier ministre transformé en simple directeur de cabinet du président", un "parti godillot à l'Assemblée nationale", une "remise en cause de l'indépendance de la justice", un "interventionnisme constant dans les médias" ainsi qu'une "indifférence à l'égard de l'Europe" et une "trop grande docilité à l'égard des Etats-Unis."
La tentation peut être grande, dans ces conditions, de se projeter au-delà, de considérer que nous sommes déjà entrés dans l'ère Sarkozy. Au contraire, l'importance de l'enjeu – l'amorce d'une phase nouvelle de notre histoire politique, le choix d'un modèle de société – incite à réaffirmer que chaque voix compte.
Les sondages ne sont pas l'élection. Et celle-ci, quel qu'en soit le résultat, crée à son tour un rapport de forces dans le pays qui influencera l'attitude de l'heureux(se) élu(e) dans son mode de gouvernement comme dans son appréhension de la diversité des aspirations de la société française.
De ce point de vue – et même si le duel télévisé, beaucoup trop technique et manquant d'ampleur, ne l'a pas fait apparaître avec suffisamment de clarté et l'a même, à certains égards, masqué –, il y a bel et bien en présence deux France, deux visions de la société.
Elles étaient parfaitement visibles lors des deux grands meetings parisiens des candidats : le public de Bercy montrait une société homogène; celui de Charléty une société plus diverse, plus colorée. Dans le premier cas, beaucoup d'inclus; dans le second, beaucoup d'aspirants à l'intégration, de candidats à intégrer cette classe moyenne dont le sort reste une des clés de l'avenir.
La mondialisation, on le sait, si elle donne du travail à des centaines de millions d'êtres humains, comporte un risque : la distribution des bénéfices n'est pas égale. Entre les pays. Mais aussi au sein même de chaque pays, en brisant les équilibres sociaux, en remettant en route la machine à inégalités qu'un demi-siècle d'Etat-providence avait inversée.
Ascenseur social en panne
La question posée dans toutes nos sociétés développées est donc celle de la classe moyenne qui, hier, voyait ses revenus grossir avec l'âge et était assurée que ses enfants auraient une vie meilleure, et qui voit aujourd'hui sa feuille de paie bloquée et ses enfants passer de stage en stage malgré les sacrifices faits pour leur éducation. L'ascenseur social est en panne non seulement pour ceux qui sont au bas de l'échelle, mais pour une partie toujours croissante de cette classe moyenne.
Malgré une lisibilité insuffisante, le projet de Ségolène Royal est tout entier centré sur cette problématique. Et c'est avec raison qu'elle fait de la refonte du dialogue social la clé du retour de la confiance. Les relations de méfiance, en France, entre les entreprises, l'Etat et les salariés ont non seulement un coût, mais sont aussi un obstacle au retour de la croissance.
La crise de la valeur travail, selon Ségolène Royal, n'est pas celle du désir individuel de travailler, mais celle de la capacité à travailler ensemble. Son dispositif tend tout entier à remettre en confiance les classes moyennes, à leur redonner une mobilité qui fait défaut, en même temps que la réassurance que donne, à celles-ci, des services publics puissants et modernisés.
Nicolas Sarkozy, au fond, a une vision plus "américaine", en ce sens que les dispositifs qu'il imagine (notamment fiscaux : le bouclier fiscal à 50 % n'est jamais qu'une façon d'éliminer de fait l'ISF) favorisent le haut de la pyramide sociale. Ses accents industrialistes, mais aussi protectionnistes, lui permettent, dans le même temps, d'être entendu des milieux ouvriers. Il défend donc le haut et le bas de la société, au nom d'une vision qui évoque le "conservatisme compassionnel" des conservateurs américains : il faut encourager les "riches" à investir, de façon à redonner du travail au plus grand nombre.
Conception revancharde de l'histoire
Ce sont là deux modèles – encore qu'à les écouter il n'y en aurait plus qu'un seul : la social-démocratie du nord de l'Europe ! – parfaitement cohérents et défendables. D'autant plus qu'ils ont en commun de vouloir réformer le pays. A ceci près que l'addition des propositions concrètes de Nicolas Sarkozy (une certaine idée de la fiscalité, des déductions diverses, notamment pour faire une France de propriétaires, des primes pour les heures supplémentaires) peut être source de nouvelles inégalités et aboutit à favoriser les plus favorisés. Au reste, le vote des beaux quartiers (comme, à l'inverse, celui des cités en faveur de Mme Royal) montre que l'opinion a parfaitement compris le message.
Ce qui gêne, chez M. Sarkozy, outre un renvoi classique à la vieille lutte des classes, c'est aussi une conception revancharde de l'histoire. Avoir centré sa campagne d'entre-deux-tours sur la dénonciation de l'héritage de Mai 68 est le signe clair d'une volonté de revanche idéologique. Ce qui embarrasse, c'est cette façon d'opposer les "travailleurs" aux "tricheurs", ceux qui se lèvent tôt aux paresseux, comme s'il lui fallait toujours être à la recherche d'un ennemi. Bref, une conception qui antagonise; et qui, à l'inverse, rend crédible la démarche de Mme Royal, laquelle refuse précisément cette dichotomie.
N'est pas non plus raisonnable la marche arrière que M. Sarkozy nous promet dès qu'il parle de renforcer l'arsenal législatif répressif (déjà largement pourvu) en mettant en cause, par des peines planchers et le recours à l'automaticité des peines, l'un des principes mêmes d'une justice républicaine qu'est l'individualisation de la peine, et l'idée que l'appareil répressif vise aussi à réinsérer. Enfin, la qualité de la relation que Nicolas Sarkozy entretient avec Martin Bouygues, Arnaud Lagardère ou Serge Dassault est la marque d'une puissance potentielle dans les médias qui appelle une vigilance de tous les instants.
Pourtant, le président de l'UMP a de bonnes chances de devenir le président du pays. Pour trois raisons : en premier lieu parce qu'il a largement réussi son OPA sur les électeurs du FN, ambition voulue, assumée et annoncée depuis 2002 et constamment réaffirmée depuis comme un objectif politique décisif pour la droite; en deuxième lieu parce qu'il a su mobiliser sur l'adhésion à son programme, sa capacité à le mettre en œuvre et à engager rapidement des réformes, contrairement à Ségolène Royal, dont le vote est pour une bonne part un vote défensif, de protection; enfin, cette adhésion forte est le fruit du travail de refondation de la droite, engagé méthodiquement depuis cinq ans et plus encore depuis la prise de l'UMP par M. Sarkozy.
Il en est résulté un projet discutable, contestable ou irrecevable, certes, mais cohérent et maîtrisé. C'est sa force et une bonne part de son pouvoir de conviction. Et c'est pourquoi il était absurde de le diaboliser.
Pas de mesures-phares
A l'inverse, le PS n'a pas su engager un travail de refondation comparable. C'est la faiblesse majeure qui a affecté la campagne de Mme Royal, dont on a pu apercevoir à la télévision qu'elle est, par sa force de caractère, armée pour tous les combats. Elle a eu l'intuition de devoir bousculer l'ordre socialiste, mais elle n'a pu le faire que de façon parcellaire, expérimentale ou improvisée, faute d'un socle solide de réflexion collective préalable, mûrie puis métabolisée par la candidate.
Il n'y a pas, dans l'arsenal qu'elle présente, de mesures-phares comparables, par leur effet, à ce que furent pour Lionel Jospin version 1997 les 35 heures ou les emplois-jeunes. Et, chemin faisant, les socialistes n'ont pas aperçu que l'idée même que les Français se font du "changement" a… changé ! C'est ce que Nicolas Sarkozy a pu récupérer (et masquer) avec son discours sur la valeur travail.
Il faut donc d'urgence, pour la clarté et la dynamique du débat démocratique, renouveler la pensée de la gauche. La mondialisation reste vécue comme une menace et diabolisée comme la cause de tous nos maux; seule la face négative de cette révolution planétaire est prise en compte et dénoncée. La gauche réformiste doit repenser de façon moderne le changement social. Elle doit sortir de l'impasse idéologique dans laquelle elle s'est trop longtemps enfermée. C'est pour elle la seule manière de retrouver sa vocation historique : incarner le mouvement, le changement et l'espérance, l'optimisme sur l'avenir.
Ségolène Royal a esquissé un "désir" de changement, tracé une perspective. Sa défaite, surtout si elle était lourde, plongerait inévitablement le PS dans les règlements de comptes, le retour en force de tous les archaïsmes et de toutes les utopies négatives. Sa victoire lui donnerait l'autorité pour engager ce travail de réinvention indispensable. C'est un pari. Pour le pays, il mérite d'être tenté.
NOUVELOBS.COM | 04.05.2007 | 10:02
Le PDG du Monde estime que voter pour Ségolène Royal au second tour est un "pari" qui "pour le pays, mérite d'être tenté". Il dénonce la "conception revancharde de l'histoire" de Nicolas Sarkozy et ses relations avec les patrons de presse.
Dans son éditorial, le PDG du Monde Jean-Marie Colombani estime, jeudi 3 mai, que voter pour Ségolène Royal au second tour est un "pari" qui "pour le pays, mérite d'être tenté". "Ségolène Royal a esquissé un 'désir' de changement, tracé une perspective", écrit-il dans Le Monde daté du vendredi.
"Sa victoire lui donnerait l'autorité pour engager ce travail de réinvention indispensable. C'est un pari. Pour le pays, il mérite d'être tenté", estime-t-il.
"Sa défaite, surtout si elle était lourde, plongerait inévitablement le PS dans des règlements de comptes, le retour en force de tous les archaïsmes et de toutes les utopies négatives", écrit Jean-Marie Colombani, selon qui le PS n'a pas su engager "un travail de refondation". "C'est la faiblesse majeure qui a affecté la campagne de Mme Royal dont on a pu apercevoir à la télévision qu'elle est par sa force de caractère, armée pour tous les combats", écrit-il.
Mise en garde contre Sarkozy
L'éditorialiste pointe du doigt la "conception revancharde de l'histoire" de Nicolas Sarkozy, et estime que la volonté du candidat UMP de "liquider l'héritage de mai 68" est "le signe clair d'une volonté de revanche idéologique".
"Ce qui embarrasse (chez Nicolas Sarkozy) c'est cette façon d'opposer les 'travailleurs' aux 'tricheurs', ceux qui se lèvent tôt aux paresseux, comme s'il lui fallait toujours être à la recherche d'un ennemi", estime Jean-Marie Colombani.
Par ailleurs, "la qualité de la relation que Nicolas Sarkozy entretient avec Martin Bouygues, Arnaud Lagardère ou Serge Dassault est la marque d'une puissance potentielle dans les médias qui appelle une vigilance de tous les instants".
LE MONDE | 03.05.07 | 12h35 • Mis à jour le 03.05.07 | 12h35
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On y est. Trois minutes à peine après l'ouverture du débat, le ton de la confrontation est donné. A Mme Royal, la bataille de la compétence, et la vivacité combative sur le "bilan", quitte à prendre des libertés avec les thèmes que tentent d'imposer les deux journalistes au profit de ceux qu'elle a choisis. A M. Sarkozy, la sérénité affichée du favori qu'il espère asphyxiante pour Mme Royal. "Vous avez parfaitement raison", "je ne veux pas polémiquer", répète-t-il. Elle se dégage de ses rets, vient le chercher sur son terrain favori – "Il y a deux jours, une femme policière s'est fait violer tout près de son commissariat" –, l'interrompt, jongle avec les sujets, nombre de fonctionnaires, avenir de l'hôpital public, décentralisation, réforme de l'Etat, lutte contre la pédophilie, réduction de la dette et ode aux petites et moyennes entreprises, au risque de la confusion.
"Mme Royal ne m'en voudra pas, mais comme elle a évoqué tous les sujets en même temps… On ne va pas pouvoir approfondir…", observe avec un sourire satisfait M. Sarkozy, qui place ainsi son premier message sur le "flou" prêté au programme de la candidate socialiste. Réplique immédiate et ferme de MmeRoyal. "Laissez-moi la responsabilité de mes prises de parole, si vous le voulez bien." "La précision n'est pas inutile dans le débat public…", glisse M. Sarkozy, qui semble prendre l'avantage sur sa rivale.
Cet avantage, il espère bien le conforter sur la question des 35 heures, en dénonçant la "stricte logique socialiste du partage du temps de travail". "Si vous pensez que les 35 heures ont fait autant de dégâts, pourquoi ne les avez-vous pas supprimées pendant ces cinq ans?", rétorque MmeRoyal. "Je serai la présidente de ce qui marche, sans œillères", lance-t-elle en conclusion de cette première partie du débat. "Je veux être le président qui fasse que ce qui ne marche pas, marche", lui répond le candidat de l'UMP.
Le thème des "sécurités" en matière de santé, logement et retraite offre à M. Sarkozy une occasion de querelle sur la précision. "Je veux revaloriser les petites retraites tout de suite", annonce MmeRoyal. "Vous les payez comment? – Par une taxe sur les revenus boursiers. – De combien? – Les partenaires sociaux décideront. Je vous donne déjà les principes. – C'est d'une précision bouleversante!", observe-t-il, avant de se rappeler à son devoir de candidat apaisé. "Les retraites, c'est un sujet qui devrait faire consensus entre la gauche et la droite…" MmeRoyal décline et annonce sa volonté de "remettre à plat les lois Fillon". "Vous voulez tout démolir?", insiste-t-il. "Remettre à plat, ce n'est pas démolir, vous êtes très brutal", dit-elle. Il devient mordant. "Sur l'idée de François Hollande de créer une CSG supplémentaire… – Vous ferez un débat avec François Hollande quand vous le souhaiterez. – Cela ne vous engage pas? – Non. – Très bien, il sera content de l'apprendre."
La politique fiscale s'invite à son tour dans le débat. Mme Royal évoque cette "riche héritière qui, grâce à vous et au bouclier fiscal, va toucher un chèque de 7 millions d'euros". M. Sarkozy ne "connaît pas cette dame", mais se souvient une nouvelle fois de M. Hollande "qui a dit qu'il n'aimait pas les riches". "Il ne doit pas s'aimer lui-même…", souffle-t-il. Elle ne relève pas. Sur l'environnement et le nucléaire, elle reprend l'offensive, très sûre d'elle et cherche son regard, qu'il préfère réserver aux journalistes. "Vous venez de faire une série d'erreurs, il faudra que vous révisiez un peu votre sujet !", ironise-t-elle à propos des réponses de M.Sarkozy sur l'EPR.
Mais c'est l'éducation et la politique familiale qui offrent à la candidate socialiste la plus belle occasion de s'imposer face à son contradicteur. Il vient d'évoquer le "droit opposable" à la garde d'enfant. Mme Royal retient un fou rire. "Les femmes vont aller devant le tribunal pour demander une place en crèche? Mais soyez sérieux! C'est cela la société que vous proposez ?", s'exclame-t-elle.
M. Sarkozy se tasse sur son fauteuil, sonné. "Ce n'est pas gentil de dire des choses comme cela", dit-il. Il cherche une porte de sortie en évoquant la question des "enfants handicapés dans les écoles", mais c'est une colère qui s'engouffre. "Là, on atteint le summum de l'immoralité politique. C'est moi qui ai créé le plan Handiscol et c'est votre gouvernement qui l'a supprimé!", s'enflamme Mme Royal. "Calmez-vous ! – Non, je ne me calmerai pas. Il y a des colères saines!" Le candidat de l'UMP croit tenir la faille. Il lui reproche de "perdre ses nerfs" et ajoute : "Pour être président de la République, il faut être calme." Patrick Poivre d'Arvor propose une diversion. "Peut-être pourrait-on passer au sujet de l'Europe…" Il se fait souffleter par la candidate. "Vous permettez. Moi aussi, j'ai l'intention de me faire respecter!" Le débat se poursuit, de plus en plus vif. "Il faut garder ses nerfs et utiliser des mots qui ne blessent pas", répète M. Sarkozy. Elle le fixe, railleuse, presque canaille : "Vous êtes blessé?" "Non", répond-il. "Donc tout va très bien!", lance-t-elle.
Il est déjà 23h10, l'Europe, le Darfour et l'Iran apaisent un peu le débat. Mme Royal parvient toutefois à instiller les mots "brutal" et "dangereux" à propos de M. Sarkozy sur la question des sans-papiers. Elle n'entend pas les rappels des journalistes sur l'horaire déjà largement avancé et le dépassement de son temps de parole, dont M. Sarkozy lui fait "bien volontiers""au talent et à la compétence" de celle qu'il présente "davantage comme une concurrente que comme une adversaire". Elle esquive l'hommage réciproque. "Le débat politique, c'est d'abord un débat d'idées", relève-t-elle. cadeau pour se hâter vers sa conclusion. Ses mots sont prêts, polis comme des galets. Il rend hommage
Nicolas Sarkozy se tourne vers la caméra pour s'adresser "aux Français" : "Je ne les décevrai pas, je ne les trahirai pas, je ne leur mentirai pas", conclut-il. Même regard caméra pour Ségolène Royal qui évoque Angela Merkel et invite les électeurs "à faire le choix de l'audace et de l'avenir""une France présidente". Le compteur affiche 74 minutes et 20 secondes de temps de parole pour MmeRoyal, 72 minutes pour M. Sarkozy. Ce compteur-là ne les intéresse plus.
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